La réponse dépend étroitement de la forme juridique de la société et de ce que prévoient, ou non, les statuts. L’exclusion n’est ni un droit automatique, ni une simple décision prise à la majorité : elle obéit à des règles précises, souvent plus contraignantes que ce qu’on imagine, et son absence de cadre légal clair oblige fréquemment à repenser la question en termes de sortie négociée plutôt que d’éviction forcée.
Vous vous reconnaissez peut-être dans l’une de ces situations :
- Un associé n’est plus impliqué dans l’activité mais conserve tous ses droits, y compris financiers.
- Un associé multiplie les comportements nuisibles à la société : concurrence déloyale, dénigrement, détournement de clientèle.
- Un associé bloque systématiquement les décisions, dans une mésentente qui dure depuis des mois.
- Un associé a perdu une qualité indispensable à sa présence au capital, un agrément professionnel par exemple.
Exemple : dans une SAS fondée par trois associés, l’un d’eux cesse progressivement toute implication opérationnelle, tout en continuant à percevoir des dividendes et à voter en assemblée. Les deux autres, qui portent seuls la charge de l’activité, envisagent de l’exclure, avant de découvrir que les statuts ne prévoient aucune clause d’exclusion. Une situation proche de celle décrite dans Mon associé ne travaille plus : que faire ?, qui peut précisément conduire à se poser la question de l’exclusion.
Dans quels cas envisager l’exclusion d’un associé ?
- Faute grave envers la société : détournement, concurrence déloyale, dénigrement public
- Violation répétée des statuts ou du pacte d’associés
- Perte d’une qualité requise pour rester associé (agrément, statut de salarié dans certaines SAS)
- Situations de mésentente ou de blocage, lorsque celles-ci correspondent aux conditions d’exclusion prévues par les statuts
Un associé qui devient problématique n’agit pas toujours par volonté de nuire. Il peut s’agir d’une divergence de vision sur l’avenir de l’entreprise, d’un désengagement progressif lié à sa situation personnelle, ou d’une perte de confiance jamais clairement exprimée entre les fondateurs.
Ce que dit réellement le droit français
Le régime applicable diffère fortement selon la forme de la société.
Dans une SAS, l’article L.227-16 du Code de commerce autorise expressément les statuts à prévoir une clause d’exclusion. La clause statutaire doit définir suffisamment précisément les conditions dans lesquelles l’exclusion peut intervenir et la procédure applicable. Sa rédaction est déterminante, car la mise en œuvre de l’exclusion doit respecter à la fois les statuts et les droits de l’associé concerné.
Depuis 2019, l’introduction ou la modification d’une clause d’exclusion dans une SAS n’exige plus nécessairement l’unanimité : elle peut être décidée collectivement selon les conditions et formes prévues par les statuts. Dans une SAS, l’associé dont l’exclusion est envisagée conserve le droit de participer à la décision collective et de voter sur sa propre exclusion. Une clause statutaire qui le priverait de ce droit est réputée non écrite.
Contrairement à la SAS, la SARL ne bénéficie pas d’un dispositif légal général permettant aux statuts d’organiser librement l’exclusion d’un associé. La situation doit donc être examinée avec une prudence particulière, en fonction des statuts, des circonstances, et le cas échéant des dispositifs légaux spécifiques applicables.
En l’absence de mécanisme d’exclusion applicable, un associé ne peut pas, en principe, demander simplement au juge d’ordonner l’éviction d’un autre associé. Lorsque la mésentente entre associés paralyse le fonctionnement de la société, une dissolution judiciaire pour justes motifs peut notamment être demandée sur le fondement de l’article 1844-7, 5° du Code civil. Mais cette solution est radicale, puisqu’elle conduit à la disparition de la société elle-même, pas seulement au départ de l’associé concerné.
Les erreurs à éviter
- Voter une exclusion sans clause statutaire valable, exposant la décision à une annulation judiciaire
- Priver l’associé visé de son droit de vote sur sa propre exclusion : une telle clause est réputée non écrite et expose l’ensemble de la procédure à une contestation
- Attendre que la mésentente atteigne un point de blocage total avant d’agir
- Envisager la dissolution comme une solution rapide, sans mesurer qu’elle met fin à la société pour l’ensemble des associés
Les solutions possibles
- Vérifier l’existence et la validité d’une clause d’exclusion dans les statuts, et examiner les éventuels mécanismes de sortie ou de cession prévus par un pacte d’associés.
- Documenter précisément les motifs invoqués : la mésentente ou la faute doivent pouvoir être objectivement caractérisées.
- Rechercher une résolution amiable, notamment grâce à une médiation entre associés, pour négocier un rachat de parts ou une sortie organisée, souvent plus rapide et moins risquée qu’une procédure d’exclusion contestée devant le juge.
- Solliciter un avocat pour sécuriser la procédure si une clause d’exclusion existe et doit être activée.
- Envisager la dissolution judiciaire uniquement en dernier recours, en connaissance de ses conséquences pour l’ensemble des associés.
Pour comparer plus largement les différentes voies de résolution entre associés, l’article Médiation, conciliation ou procédure judiciaire : quelle solution choisir ? détaille les critères à prendre en compte.
Quand privilégier une résolution amiable ?
Une résolution amiable est particulièrement pertinente lorsque l’exclusion n’est pas juridiquement assurée, ou lorsque les associés souhaitent avant tout préserver la continuité de l’entreprise plutôt que d’engager une procédure longue et incertaine. Elle permet de négocier directement les conditions d’une sortie, le prix de rachat des parts, le calendrier, dans un cadre confidentiel, sans attendre qu’une situation de blocage ne dégénère en dissolution. Le recours au juge peut devenir nécessaire lorsqu’aucun dialogue n’est possible, lorsque la décision d’exclusion est contestée, ou lorsque le conflit ne peut être résolu par les mécanismes prévus entre les associés.
À retenir
- L’exclusion d’un associé n’est jamais automatique : elle dépend d’une clause statutaire valable, dont les conditions varient fortement entre SAS et SARL.
- L’associé dont l’exclusion est envisagée conserve le droit de voter sur sa propre exclusion, une clause qui l’en priverait est réputée non écrite.
- En l’absence de mécanisme d’exclusion applicable, une mésentente qui paralyse le fonctionnement de la société peut notamment conduire à demander sa dissolution judiciaire, une solution radicale qui affecte tous les associés.
- Une résolution amiable permet souvent d’organiser une sortie plus rapidement et avec moins de risques qu’une procédure d’exclusion contestée.
En résumé
Exclure un associé est une opération juridiquement encadrée, pas une décision de majorité simple. Lorsque cette voie s’avère impossible, risquée ou trop conflictuelle, la vraie question devient souvent de savoir comment organiser une sortie négociée, plutôt que de chercher à forcer un départ.
L’exclusion d’un associé est-elle possible sans clause dans les statuts ?
Non, pas directement. Un associé ne peut pas, en principe, demander simplement au juge d’ordonner l’éviction d’un autre associé sans mécanisme d’exclusion applicable. Lorsque la mésentente paralyse la société, une dissolution judiciaire peut être demandée sur le fondement de l’article 1844-7, 5° du Code civil, mais cette solution met fin à la société elle-même.
L’associé dont l’exclusion est envisagée peut-il voter sur sa propre exclusion ?
Oui. La jurisprudence est claire depuis un arrêt de la Cour de cassation du 29 mai 2024 : une clause qui le priverait de ce droit est réputée non écrite. Il conserve le droit de participer et de voter sur sa propre exclusion.
Quelle différence entre exclusion et dissolution pour mésentente ?
L’exclusion vise à écarter un seul associé tout en préservant la société. La dissolution pour mésentente, elle, met fin à la société elle-même. C’est une différence essentielle à comprendre avant d’engager une procédure.
Comment est fixé le prix de rachat des parts d’un associé exclu ?
Les modalités de détermination du prix doivent d’abord être recherchées dans les dispositions applicables et les stipulations prévues entre les associés. En SAS, lorsque les statuts ne précisent pas les modalités du prix dans le cadre d’une clause d’exclusion, celui-ci est fixé par accord entre les parties ou, à défaut, dans les conditions prévues par l’article 1843-4 du Code civil.
La médiation peut-elle éviter une exclusion ?
Oui, une médiation permet souvent de négocier directement une sortie organisée, avec un prix et un calendrier acceptés par les deux parties, sans passer par une procédure d’exclusion ou de dissolution.
L’exclusion fonctionne-t-elle de la même façon en SARL et en SAS ?
Non. En SAS, la loi autorise expressément les clauses d’exclusion, avec des règles précises depuis 2019. En SARL, la loi ne prévoit pas de dispositif légal général, et la question doit être examinée avec une prudence particulière selon les statuts et les circonstances.